Manger sainement

Qu'est-ce que l'orthorexie?

 

C’est dans le Petit Larousse 2012 que le terme orthorexie a fait son entrée officielle dans notre vocabulaire, mais cela fait déjà quelques années que ce mot est utilisé pour décrire une condition encore peu connue. Il s’agit d’un phénomène qui a commencé à être décrit relativement récemment et qui est devenu plus visible dans les dernières années alors que l’alimentation et la santé prennent une place très importante dans les médias et dans la société en général.

 

Qu’est-ce que l’orthorexie?


Le terme provient de « orthos » qui signifie correct en grec et de « orexis » qui signifie appétit. C’est le Dr Steve Bratman qui fut le premier à décrire l’orthorexie en 1997. L’orthorexie n’est pas un trouble alimentaire présent dans le DSM-IV (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) et n’est pas prévu être intégré à la 5e édition qui sera publiée en mai 2013, ce que déplorent plusieurs professionnels de la santé.

Bien qu’il ne s’agisse pas officiellement d’un trouble alimentaire, il est possible de faire un parallèle entre l’anorexie et l’orthorexie. Dans l’anorexie, on parle de contrôle obsessif sur la quantité d’aliments ingérés. L’orthorexie est plutôt un contrôle obsessif sur la qualité des aliments ingérés.

 

Quand le trouble s’installe


Comme pour tous les troubles alimentaires, il s’agit d’un continuum. La maladie n’apparaît pas du jour au lendemain. Habituellement, elle démarre par un intérêt marqué pour la saine alimentation. Toutefois, c’est lorsque cet intérêt tourne à l’obsession que les problèmes surgissent.
 

Les orthorexiques commencent habituellement à se soumettre à des recommandations alimentaires que l’on entend fréquemment dans le discours général concernant la nutrition. Par exemple : manger des aliments riches en fibres, en oméga-3, en antioxydants ou autres nutriments « miracles ».

Alors que la majorité des gens, en entendant ces recommandations, n’augmentent que légèrement leur apport en ces divers nutriments (dans le meilleur scénario), les orthorexiques s’assurent de consommer le plus d’aliments pouvant leur en fournir, de peur d’en manquer. Par exemple, ils calculent les oméga-3 dans leur filet de saumon afin de consommer au moins la quantité recommandée quotidiennement. À ce point, on dénote une certaine obsession sur la qualité des aliments, mais malheureusement le trouble peut se détériorer encore plus. On verra alors des orthorexiques considérer que la plupart des aliments ne sont pas suffisamment sains et préférer se priver de manger plutôt que de les consommer. À ce moment, la ligne entre l’orthorexie et l’anorexie est bien mince.

Un exemple frappant concerne un orthorexique qui refusait de consommer des fruits et légumes qui avaient été cueillis depuis plus de 15 minutes parce que les végétaux se détériorent une fois cueillis. Par cet exemple, il est facile de comprendre comment ce trouble peut nuire rapidement aux relations des gens et à leur vie en général.

Les critères pour catégoriser les aliments peuvent être fondés sur des données réelles (ex. les oméga-3 sont bons pour la santé cardiovasculaire, les antioxydants se détériorent une fois les végétaux cueillis, les pesticides utilisés dans les fermes conventionnelles peuvent être délétères pour la santé) ou provenir de croyances et de règles inventées par les orthorexiques.
On voit également plusieurs orthorexiques adhérer très fortement à des courants alimentaires qui ne sont pas toujours faciles à suivre comme le végétalisme ou le crudivorisme.

 

Le test de Bratman


Le test de Bratman permet d’établir si la personne tend à l’obsession en ce qui concerne la qualité de son alimentation et permet de poser un « diagnostic » d’orthorexie.
 

  • Passez-vous plus de 3 heures par jour à penser à votre régime alimentaire ?
  • Planifiez-vous vos repas plusieurs jours à l’avance ?
  • Avez-vous l’impression que la valeur nutritionnelle de votre repas est à vos yeux plus importante que le plaisir de le déguster ?
  • Percevez-vous que la qualité de votre vie est dégradée, alors que la qualité de votre nourriture s’est améliorée ?
  • Êtes-vous récemment devenu plus exigeant(e) avec vous-même ?
  • Avez-vous l’impression que votre amour-propre est renforcé par votre volonté de manger sain ?
  • Avez-vous renoncé à des aliments que vous aimiez au profit d’aliments «sains» ?
  • Votre régime alimentaire gêne-t-il vos sorties, vous éloignant de votre famille et de vos amis ?
  • Éprouvez-vous un sentiment de culpabilité dès que vous vous écartez de votre régime ?
  • Vous sentez-vous en paix avec vous-même et pensez-vous bien vous contrôler lorsque vous mangez sain ?

 

Si vous répondez oui à 2 ou 3 de ces questions, c’est que vous devriez faire attention à avoir une attitude plus détendue en ce qui concerne votre alimentation.


Lorsque vous répondez oui à 4 de ces questions ou plus, cela démontre que la qualité de votre alimentation vous obsède et que vous souffrez peut-être d’orthorexie. Dans ces cas, il vaudrait mieux consulter un nutritionniste en association avec un psychologue. Ces professionnels de la santé sauront vous aider à adopter une attitude plus détendue par rapport à la nourriture.
 

À qui la faute?


Dans les dernières années, l’importance de l’alimentation dans le maintien d’une santé optimale a pris des proportions démesurées. Les discours nutritionnels déconstruisent les aliments en nutriments et on les consomme pour les bienfaits potentiels qu’ils nous apporteront. Il est important de savoir faire des choix qui sont intéressants d’un point de vue nutritionnel, mais il ne faut pas oublier les multiples autres facteurs qui entrent en jeu.
La plupart des gens savent peser le pour et le contre parmi les discours qu’ils entendent et choisissent d’en prendre et d’en laisser. Cependant, chez les orthorexiques, il semble que ces recommandations soient vitales à leur santé et ils peuvent difficilement faire la part des choses.

Il est difficile d’évaluer la prévalence d’un trouble qui n’est pas réellement défini. Comment diagnostiquer l’orthorexie alors qu’elle n’est même pas considérée comme un trouble alimentaire dans le DSM-IV? C’est ce que plusieurs professionnels de la santé déplorent, car ces gens qui nécessitent un traitement ont de la difficulté à trouver des professionnels formés en orthorexie.

Cependant, de plus en plus de nutritionnistes et autres professionnels de la santé recentrent le message de la saine alimentation en intégrant le concept de plaisir qui a trop souvent été mis de côté dans les discours antérieurs. Cela permet ainsi de déculpabiliser les gens par rapport à leur alimentation. Ainsi, le plaisir doit être une part importante de l’alimentation, car lorsque c’est la nourriture qui dicte notre vie, manger devient une expérience très désagréable qui empiète sur toutes les sphères de notre vie.

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