Nutrition sportive

Suppléments alimentaires et sport : les dangers cachés

La quête de la victoire, de la performance et du gain musculaire pousse certains athlètes à chercher des « potions magiques ».

 

Les suppléments, aussi appelés compléments alimentaires/nutritifs ou produits de santé naturels, peuvent toutefois renfermer des substances non seulement interdites, mais aussi dangereuses pour leur santé. Résultat : la prise de certaines substances peut diminuer les performances et entraîner des contrôles positifs.

 

 

La popularité des suppléments chez les athlètes

 

Boissons énergisantes, vitamines et minéraux, remèdes à base de plantes médicinales, préparations homéopathiques, remèdes de médecine chinoise, probiotiques, protéines en poudre ou en barres, brûleurs de gras, volumisateurs musculaires, produits amaigrissants, etc. Du choix, ce n’est pas cela qui manque dans le rayon des produits de santé naturels ! 28 milliards : voici le montant généré par la vente de suppléments aux États-Unis en 2010.


Et qui dit offre variée, dit demande élevée. Dans l’espoir d’atteindre les plus hautes marches des podiums, les sportifs sont de grands utilisateurs de suppléments. En effet, selon une étude effectuée en 2012 et financée par le Centre canadien pour l’éthique dans le sport (CCES), 87 % des 440 athlètes canadiens sondés prenaient des suppléments (moyenne de 3 suppléments par athlète dans les 6 mois précédent l’étude), suite aux conseils de leur famille et amis (20%), de leur entraîneur en musculation (14%), de leur coéquipiers (11%)…

 

Autrement dit, les nutritionnistes, les pharmaciens et les médecins, qui sont les experts en la matière, sont malheureusement très peu consultés lorsqu’il est question de l’usage de suppléments.

 

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes…
  • Près de 9 athlètes canadiens sur 10 prennent des suppléments (87%).
  • Plus de la moitié des athlètes prenant des suppléments (58%) rapportent en prendre quotidiennement !
  • Le top 5 des suppléments les plus populaires : les boissons pour sportif, les multivitamines, les barres d’hydrates de carbone (glucides), les poudres de protéines, les substituts de repas.

 

Selon la littérature scientifique, les principales raisons poussant un athlète à utiliser ce type de produit sont les suivantes : 

  • Maintenir la santé et prévenir les carences nutritionnelles (30%)
  • Accroître leur énergie (21%)
  • Récupérer après l’exercice (16%)
  • Augmenter leur masse maigre et leur force (14%)
  • Etc.

 

 

Misons d’abord sur une alimentation équilibrée et variée !

 

Une alimentation équilibrée et variée composée d’une multitude d’aliments frais permet pourtant de combler les besoins nutritifs de la majorité des grands sportifs. Avant d’opter pour un supplément de vitamines ou minéraux spécifique, il est préférable de se renseigner sur les aliments renfermant naturellement ces éléments nutritifs et de les intégrer à son alimentation. Ceci s’explique par le fait qu’un supplément de calcium par exemple ne pourra jamais remplacer tous les bienfaits d’un aliment riche en ce minéral (ex. amandes, lait, boisson de soya enrichie, yogourt, etc.). Les amandes renferment par exemple, non seulement du calcium, mais aussi une bonne dose de protéines, de fibres alimentaires, de phytostérols, d’acides gras mono-insaturés, de vitamines et minéraux, etc.

 

Les nutritionnistes sont les professionnels de la santé tout désignés pour vous fournir ce type d’information, ainsi que pour évaluer vos besoins nutritifs. N’hésitez pas à les consulter !

 

En fait, les principales raisons pouvant justifier l’usage de suppléments selon la science est la présence d’insuffisance ou de déficience nutritionnelle. Les athlètes, surtout ceux qui tentent de limiter leurs apports énergétiques, sont particulièrement à risque de déficience en vitamine D, en fer, en calcium et en antioxydants.

 

La consommation de certains produits et boissons « pour sportifs » peut être également de mise lors de la participation à des événements sportifs de longue durée, lors desquels un apport en hydrates de carbone (glucides) et en électrolytes est nécessaire afin de carburer sans douleur, sans signe de fatigue et de déshydratation jusqu’à la ligne d’arrivée.

 

 

L’attrait du succès


L’Agence mondiale antidopage (AMA) répertorie et classifie annuellement des centaines de produits, allant du décongestionnant aux stéroïdes anabolisants, en fonction de leur impact sur la performance sportive et sur la santé. Depuis 2004, l’AMA dresse également annuellement une liste des substances et des doses permises ou interdites, qui est maintenant disponible sous forme d’application mobile gratuiteMais cela ne suffit pas à enrayer la tricherie puisque, chaque année, plusieurs sportifs se font prendre. Les risques pour la santé et les enjeux sur la carrière sportive sont considérables, mais il faut croire que l’attrait du succès est plus fort…


Par ailleurs, il arrive que la consommation de substances illicites ou dangereuses soit involontaire parce que les étiquettes des produits ne disent pas toujours tout. En effet, les étiquettes omettent parfois des ingrédients, dont possiblement des substances interdites. Selon le CCES, les produits peuvent être contaminés avec de telles substances par inadvertance lors du processus de fabrication, ou encore, les fabricants ajoutent parfois délibérément des substances, tels des stéroïdes et des stimulants, en omettant de le mentionner sur l’étiquette.

 

Cette crainte est fondée, comme le prouve une enquête effectuée auprès des athlètes des Pays-Bas, dans le cadre des Jeux Olympiques de 2002 à Salt Lake City. Sur les quelque 55 suppléments analysés par le Netherlands Centre for Doping Affairs, le Comité des ministres européens et le Comité national olympique, 25 % contenaient des substances interdites, sans que l’étiquette ou la documentation sur le produit en fassent mention.

 

Sans même le savoir, plusieurs athlètes s’exposent donc au risque considérable d’obtenir un contrôle de dopage positif en prenant des suppléments.

 

D’ailleurs, suite à des ré-analyses effectuées en 2016 sur des échantillons prélevés lors des Jeux de Pékin en 2008 et des Jeux de Londres en 2012, le nombre d’athlètes contrôlés positifs s’élèverait à 98 personnes, dont plusieurs médaillés qui ont dû remettre leur médaille au Comité international olympique.

 

Si la prise de produits de santé naturels peut sembler anodine, il n’en reste pas moins qu’elle peut briser le rêve de tout athlète. Après tant d’effort, pourquoi prendre un tel risque?

 

 

Réglementation en vigueur


N’étant pas classés comme des aliments ou des médicaments, les suppléments ne sont pas assujettis à la Loi et au Règlement sur les aliments et drogues du Canada. Ce fossé législatif, conjugué à la popularité croissante des produits naturels, a poussé le Canada à se doter d’une réglementation visant à mieux contrôler la qualité des produits naturels et des suppléments alimentaires.

 

En vigueur depuis 2004, ce règlement a été progressivement mis en place. Les suppléments et autres produits doivent dorénavant tous obtenir un numéro de produit naturel (NPN) ou un DIN-HM (pour les remèdes homéopathiques). Cette désignation indique à l'utilisateur que la formulation, l'étiquetage et le mode d'emploi du produit ont été examinés et approuvés par Santé Canada.

 

Cette approbation ne garantit toutefois pas l’efficacité clinique. En effet, une substance donnée peut présenter un résultat intéressant en laboratoire, sans nécessairement rencontrer les attentes chez l’humain. Par ailleurs, il faut noter qu’à l’heure actuelle relativement peu de produits ont été évalués et l’industrie des suppléments, contrairement à celles des produits alimentaires et pharmaceutiques, est assujettie à très peu de contrôles de la part des instances gouvernementales. La vigilance est donc de mise.


 

Une autre certification spécifique au domaine sportif


Parallèlement, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport (CCES) et l’organisme de certification NSF ont mis sur pied un programme de certification à l’intention des athlètes et des consommateurs. Les produits NSF Certified for SportTM (certifiés pour le sport) incluent notamment des aliments, des suppléments et de l’eau. Les produits sont soumis à des critères d’évaluation rigoureux permettant, entre autres, de déceler des stimulants, des stéroïdes anabolisants, des bêta-2-agonistes et des agents masquants, toutes des substances bannies par l’AMA.

 

Pour obtenir la liste des produits certifiés, cliquez ici. Pour obtenir l’application mobile, cliquez ici.

 

Le CCES rappelle toutefois que cette certification ne vise pas à faire la promotion de l’utilisation des suppléments, mais bien d’aider les athlètes à choisir les suppléments nutritionnels les plus dignes de confiance. L’organisation met d’ailleurs en garde la communauté sportive sur le risque considérable que courent les athlètes qui font usage de suppléments sur son site Internet.

 


Gare aux belles promesses : les risques sont réels!


Les suppléments dits « naturels » inspirent souvent confiance aux athlètes. Certaines personnes supposent d’ailleurs que si un produit est dit « naturel », il est automatiquement « sans danger ». Or, ceci est tout à fait faux! Les produits de santé naturels, comme les médicaments, peuvent poser un risque pour la santé. Entre autres, les suppléments peuvent réduire ou accroître l’effet de certains médicaments et occasionner des effets secondaires ou une surdose.

 

Quand on parle de vitamines et de minéraux, et que ceux-ci sont consommés de façon adéquate, c’est vrai qu’ils présentent peu de risques pour la santé. Par contre, les produits arborant des promesses du genre « Brûle les graisses », « Augmente la masse musculaire » et « Améliore la performance » cachent parfois des substances bannies par l’AMA (DHEA, éphédrine, androstènedione/diol, amphétamines, etc.).

 

Bref, ne vous fiez jamais aux publicités d’une entreprise ou aux slogans se trouvant sur l’emballage de ses produits pour juger de l’innocuité et de l’efficacité d’un supplément.

 


Pour réduire les risques

 

Avant de jeter votre argent par les fenêtres en vous procurant un supplément dangereux ou inefficace, Santé Canada vous propose de vous poser ces quelques questions : 

  • « Pourquoi prendre ce produit?
  • Quels sont les avantages ou les résultats que je recherche en prenant ce produit?
  • Existe-t-il de meilleurs produits ou d'autres approches pour atteindre les résultats ou y a-t-il de meilleurs substituts?
  • Existe-t-il des preuves qui confirment l'innocuité et l'efficacité de ce produit?
  • Quels sont les risques associés à l'utilisation de ce produit? »

 

En cas de doute, consultez un professionnel de la santé, tel un médecin, un pharmacien ou un nutritionniste pour obtenir des réponses à vos questions.

 

Assurez-vous également d’opter pour des produits affichant un numéro NPN ou DIN-HM et une certification NSF Certified for SportTM sur leur étiquette.

 

Si vous choisissez de prendre certains suppléments, portez une attention particulière à toute réaction inhabituelle ou effets secondaires. De plus, n’hésitez pas à signaler tout effet indésirable lié à l’utilisation d’un produit de santé naturel en communiquant avec Santé Canada par téléphone au numéro sans frais (866) 234-2345, ou avec votre Centre régional des effets indésirables des médicaments (EIM).

 

Finalement, avant d’utiliser un quelconque supplément, sachez que les athlètes sont responsables de toute substance interdite qui pourrait se retrouver dans leurs échantillons. Les sportifs ont donc avantage à redoubler de vigilance avec les suppléments!

 

Pour minimiser vos risques de dopage par inadvertance, consultez la liste des produits certifiés NSF Certified for SportTM.

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