Blogue

17 février 2016

Des obèses en santé : Vraiment ?

par Maude Lagacé dans

Actualités

Le 11 février dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à une conférence de Antony Karelis, Ph.D, professeur au département des sciences de l’activité physique de l’UQAM, organisée par le Cœur des sciences de l’UQAM.

 

Voici un bref aperçu de récentes découvertes qui chamboulent certaines idées préconçues concernant les personnes obèses.

 

L’obésité : un enjeu majeur de santé publique…

 

C’est bien connu, l’obésité, et particulièrement l’obésité abdominale, est associée à diverses maladies (syndrome métabolique, diabète de type 2, maladies du cœur, accidents cérébro-vasculaires (ACV), etc.) ainsi qu’à un risque accru de mortalité. Bref, à moins de vivre dans une cabane perdue dans le fond des bois, sans télévision, ni Wi-Fi, tout le monde sait que l’obésité est un enjeu majeur de santé publique.  

 

Loin d’être anodin, ce phénomène est toujours en hausse dans notre société et touche maintenant le quart des adultes canadiens. Selon un récent rapport de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), les coûts de santé liés à l’excès de poids s’établissaient d’ailleurs à 1,5 milliard de dollars au Québec.

 

Pourtant, est-ce que toutes les personnes obèses courent autant de risque pour leur santé ? Il semblerait que non…

 

… beaucoup plus complexe qu’on ne pourrait le croire !

 

Connaissez-vous des personnes qui ont toujours été enrobées, malgré un mode de vie sain et actif, et qui ont un bilan de santé exemplaire ?  À l’inverse, connaissez-vous des personnes minces, sédentaires, qui ont de mauvaises habitudes alimentaires et qui arrivent, malgré tout, à maintenir un poids dit « santé » si l’on se fie à leur indice de masse corporelle (IMC)… mais qui, avec les années, commencent à développer certaines maladies chroniques ?

 

Et si le poids d’une personne ne reflétait pas nécessairement son état de santé ? Et si certains obèses étaient plus en santé que certaines personnes de poids « normal » ? Bienvenue dans l’univers des MHO et des MONW ! Hein ? Quoi ? Continuez de lire, vous allez tout comprendre…

 

Le surpoids : pas nécessairement gage de mauvaise santé

 

En fait, selon la littérature scientifique, il existerait bel et bien des personnes obèses métaboliquement saines (MHO) – c’est-à-dire des individus ne présentant pas les facteurs de risque cardio-métaboliques habituellement rencontrés chez les personnes souffrant d’obésité.

 

Ces personnes obèses semblent ainsi être protégées contre le diabète, les maladies cardiovasculaires et la mortalité. Notons toutefois que les obèses MHO sont exposés aux autres complications de l’obésité, telle l’arthrite.

 

Certains chercheurs prétendent que ce sous-groupe pourrait représenter plus de la moitié des personnes souffrant d’obésité. Dr Karelis avance un pourcentage plus prudent qui se situerait plutôt autour de 6 à 8 % des personnes obèses si l’on tient compte de la définition stricte des MHO (l’absence totale de facteurs de risque).

 

Qu’est-ce qui explique ce paradoxe ?

 

À travers différentes études scientifiques, les chercheurs ont tenté d’élucider ce mystère. Pour ce faire, ils ont soumis des obèses MHO et des obèses présentant des facteurs de risque à une batterie de tests. Résultat : les obèses MHO avaient un pourcentage de masse grasse, un tour de taille, des dépenses énergétiques, ainsi qu’une alimentation semblable aux autres personnes obèses. Jusque-là, rien de concluant…

 

C’est plutôt au niveau de la répartition des graisses dans le corps que des différences surprenantes ont été observées. En fait, les obèses MHO avaient plus de graisses sous-cutanées (directement sous la peau) et moins de graisse viscérale localisée à l’intérieur de l’abdomen, dans le foie et les muscles que les autres personnes obèses. Autrement dit, les obèses MHO entreposeraient des graisses dans leurs « poignées d’amour » plutôt qu’à l’intérieur de leur abdomen et de leurs organes vitaux, ce qui aurait un effet protecteur pour leur santé.

 

Il semble d’ailleurs que les personnes qui ont, depuis leur naissance, un poids naturel se situant au-dessus des valeurs dites « normales » ont plus de chance de faire partie des obèses MHO.

 

Fait également intéressant : les obèses MHO ne semblent pas réagir aussi bien à une perte de poids. En fait une perte de poids trop grande pourrait même occasionner certains effets négatifs au niveau de leur état de santé. Par exemple, si de façon générale une perte de poids chez une personne obèse permet d’augmenter sa sensibilité à l’insuline, cette hormone qui permet de faire entrer le sucre circulant dans les cellules et de diminuer le taux de sucre dans le sang, certaines études démontrent que ce serait plutôt le contraire qui se produirait chez les obèses MHO : la sensibilité à l’insuline se détériorerait.

 

Malgré tout, les obèses MHO ne sont pas nécessairement protégés toute leur vie contre les facteurs de risque cardio-métaboliques. Selon une étude effectuée sur 10 ans, seulement la moitié des obèses MHO étaient encore considérés comme tel. Les autres présentaient les mêmes facteurs de risques que les autres personnes obèses. C’est pourquoi il leur est recommandé de continuer à visiter leur médecin régulièrement, de maintenir de bonnes habitudes alimentaires et surtout, de maintenir un mode de vie actif pour préserver un profil métabolique sain.

 

La minceur : pas nécessairement gage de santé

 

À l’inverse, depuis le début des années 1980, des chercheurs ont découvert qu’il existerait également des personnes non-obèses métaboliquement anormales (MONW) – c’est-à-dire des personnes de poids « normal » ayant un risque accru de développer des maladies du cœur et du diabète de type 2… comme c’est le cas pour une personne obèse.

 

Bien que les causes de ce phénomène soient multifactorielles, il a été observé que ces personnes avaient généralement un mode de vie sédentaire. Elles auraient donc peu de muscles et plus de masse grasse, particulièrement des graisses viscérales (intra-abdominales). Leur profil métabolique serait ainsi semblable à celui de la majorité des personnes obèses.

 

Malheureusement, étant donné que les MONW ont un IMC et un poids faussement rassurant, ils sont rarement dépistés. Pourtant, 5 à 10 % des personnes de poids dit « normal » feraient partie du sous-groupe MONW et seraient donc à risque de développer divers problèmes de santé.

 

Et si on se souciait plus de notre santé et moins de notre poids…

 

Ces récentes découvertes démontrent très bien que l’adoption de saines habitudes alimentaires et d’un mode de vie actif est bénéfique pour tous, peu importe le chiffre inscrit sur la balance !

 

D’ailleurs, saviez-vous que l’adoption de saines habitudes de vie peut réduire notre tension artérielle, notre taux de gras dans le sang, tout en améliorant notre sensibilité à l’insuline, notre niveau d’énergie, notre humeur et notre sentiment de bien-être… Sans qu’il y ait nécessairement une perte de poids?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Références :

 

  • Beck, E. et coll. Sujets de poids normal «métaboliquement obèses» et sujets obèses «métaboliquement sains». Rev Med Suisse 2009; 5:1644-1649.
  • Beck, E et coll. Sujets « métaboliquement obèses » de poids normal. Première partie : diagnostic, physiopathologie et prevalence. Obes 2008; 3: 184-193.
  • Blouin, C., Vandal, N., et al. Les conséquences économiques associées à l’obésité et à l’embonpoint au Québec : les coûts liés à l’hospitalisation et aux consultations médicales, INSPQ, 2015, 28 pages. (http://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/1922_Consequences_Economiques_Obesite.pdf)  
  • Coalition poids. Épidémie d’obésité – Statistiques. [En ligne] http://www.cqpp.qc.ca/fr/epidemie-d-obesite/statistiques# (page consultée le 12 février 2016).