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14 décembre 2016

L’alimentation peut-elle être intuitive?

par Amélie Baillargeon dans

Le mangeur

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oui! Et on aime ça! Mais attention, qu’entend-on exactement par « alimentation intuitive »? Tomber dans les petites saucisses cocktail, les petites boulettes sucrées, la tourtière et le ragoût de pattes, en skippant le plateau de crudités et tous les autres légumes « plates »? Ou encore se bourrer dans la bûche et les autres « vices » sucrés comme s’il n’y avait pas de lendemain? Après tout, c’est ce que notre intuition pourrait nous dire en cette période des Fêtes! Mais non, ce n’est pas tout à fait ça. Voyons voir ce qu'il y a au menu de l’alimentation intuitive.

 

Pourquoi parler d’alimentation intuitive?

Pour beaucoup, particulièrement ceux et celles qui ont essayé de nombreux régimes amaigrissants, manger n’est pas/plus une simple affaire. Manger devient associé à un ensemble de comportements et de sentiments négatifs : contrôle serré des portions, privation, sempiternel combat entre aliments interdits et aliments « autorisés », culpabilité d’avoir triché ou dérogé de son régime, perception quasi permanente d’échec, estime de soi au sous-sol, etc. Et il va sans dire que le plaisir brille généralement par son absence. Manger devient stressant, angoissant et décourageant, bref un acte tout sauf convivial.

 

L’alimentation intuitive se veut donc un contrepoids positif à cette vision négative, en proposant notamment de se reconnecter sur ses signaux internes de faim et de rassasiement, c’est-à-dire sur l’écoute des messages que notre corps nous envoie quand vient le temps de se nourrir et d’arrêter de se nourrir. Or, bien souvent, après avoir suivi de nombreux régimes amaigrissants ou fait de nombreuses tentatives de perte de poids, on ne les « entend » plus, on se fie à des facteurs externes : calcul de portions, taille de la vaisselle utilisée, etc. Réintégrer l’écoute de ses signaux de faim et de rassasiement implique donc souvent une démarche à long terme, qui demande une certaine introspection et un engagement soutenu. Dans cette démarche, le processus devient aussi plus important que le chiffre indiqué par le pèse-personne. Tout un changement de perception lorsqu’on est habitué à se fier à des facteurs externes pour s’alimenter! 

 

Dix principes pour changer ses perceptions de l’alimentation

Pour changer les perceptions, l’alimentation et la relation à l’égard de celle-ci, l’alimentation intuitive se base sur les dix principes suivants. 

 

1. « Rejeter la mentalité des diètes amaigrissantes qui crée de faux espoirs »

Perdre rapidement du poids de façon saine et sans y mettre d’effort, ça ne se peut pas. Un point c’est tout. Pensons à toutes ces ANNÉES d’habitudes bien ancrées qui nous ont fait accumuler ce surpoids qu’on souhaiterait voir disparaître instantanément. L’Homme est ce qu’il est, un être d’habitudes et de confort, influencé par un paquet de facteurs sur lesquels il a plus ou moins de contrôle : génétique, environnement, émotions, médias, industrie agroalimentaire, etc. Penser qu’il les transformera du jour au lendemain, sans réflexion, sans engagement de sa part, sans soutien, relève d’un miracle aussi grand que celui de la naissance du petit Jésus. Le reconnaître et l’accepter constitue un excellent premier pas dans la bonne direction.

 

2. « Honorer sa faim lorsqu’elle est modérée »

Ceci se fait en commençant par comprendre ce qu’est avoir faim, soit ressentir un besoin physiologique de manger, involontaire, causé par un apport incomplet et assorti de symptômes (gargouillement, petit creux). Autrement dit, quand on a faim, on mangerait n’importe quoi. Il ne s’agit pas d’une envie pour un aliment spécifique (chocolat, croustilles, etc.), qui relève plutôt de l’appétit. L’idée, c’est d’apprendre à départager les deux et, quand on parle d’appétit, de voir si on peut plutôt se changer les idées en faisant autre chose que manger.

 

3. « Se permettre de manger de tous les aliments souhaités »

Oui, oui, vous avez bien lu, se permettre tous les aliments souhaités, même les « interdits ». Parce que s’interdire des aliments, c’est les rendre encore plus attrayants, voire obsédants. C’est ouvrir la porte aux rages incontrôlées, qui nous en font manger bien plus que ce qu’on le ferait si on ne s’en privait pas. En se donnant le droit d’en manger et de savourer pleinement, on lève graduellement l’interdit et on dissipe peu à peu la tension et la culpabilité face aux aliments.

 

4. « Cesser de catégoriser les aliments comme étant “bons” ou “mauvais” »

Revisiter ce qui fait qu’on considère un aliment « bon » ou « mauvais » s’avère des plus pertinent : est-ce que nos perceptions de ces aliments se basent sur des faits réels ou sur des croyances erronées? Parce que manger de « mauvais » aliments s’accompagne habituellement d’un jugement négatif à son propre égard : « bon, t’as encore mangé des biscuits au chocolat, t’es ben pas capable de résister! ». Et puis pourquoi ne pas plutôt faire preuve de douceur envers soi-même lorsqu’on en consomme et se demander ce qui nous pousse à le faire comme on le fait. Après tout, tiendrait-on le même discours si on s’adressait à un ou une amie plutôt qu’à soi-même? Sûrement pas.

 

5. « Considérer sa sensation de rassasiement pour savoir quand cesser de manger »

Cette sensation, c’est notre estomac qui la dicte. Pas notre tête, pas notre environnement. Il importe donc d’y être attentif. L’idée est de manger graduellement une quantité d’aliments, voire prendre une pause au mi-repas, pour rester attentif à ce qui se passe dans notre estomac et à y atteindre (et non dépasser) une sensation confortable.

 

6. « Découvrir la satisfaction et le plaisir de manger »

Manger s’accompagne d’un éventail de plaisirs : le plaisir de savourer des aliments qu’on aime, le plaisir d’en découvrir de nouveaux, le plaisir de cuisiner, le plaisir de partager un repas avec des personnes qu’on apprécie, etc. Bref, peu importe les plaisirs, ils méritent qu’on prenne le temps de leur accorder toute l’attention nécessaire pour les vivre pleinement.

 

7. « Vivre ses émotions sans nécessairement utiliser la nourriture »

Nous sommes sans doute nombreux à avoir « mangé nos émotions » à une occasion ou à une autre. Mais pour certains, manger constitue une source de réconfort ou d’apaisement ou encore une soupape pour évacuer leur trop-plein d’émotions. Ce principe vise à amener ces personnes à réfléchir sur ce qui les pousse à agir ainsi. Est-ce le stress? Un sentiment d’isolement? La tristesse? Comprendre ainsi d’où vient ce besoin permettra aux personnes d’une part de le reconnaître et d’autre part, de déterminer si elles peuvent le combler d’une autre manière, plus durable, que par l’alimentation.

 

8. « Respecter son corps tel qu’il est au moment présent »

Faire fi des diktats de beauté et s’accepter tel que l’on est représentent sans doute l’un des plus grands défis dans notre société qui valorise encore trop souvent un seul modèle de corps, mince, grand, sans défaut. Pourquoi s’entête-t-on à se comparer à des corps, irréalistes de surcroît? Nous résumons-nous à être de simples corps? Notre valeur en tant qu’être humain se mesure-t-elle uniquement aux centimètres que font notre tour de taille, notre poitrine ou nos biceps? Je ne pense pas non.

 

9. « Être physiquement actif par plaisir, et non pour perdre du poids »

Si on se concentre uniquement sur le résultat, qui peut survenir ou pas, sans prendre de plaisir tout au long du processus, la probabilité de réussir est mince. Et en fait, de réussir quoi au fait? S’engager à « faire du sport » en soi, peu importe l’intensité, est déjà une réussite, particulièrement lorsqu’on n’en a pas l’habitude. Petit à petit, on en découvre les bienfaits, si clichés à énoncer, mais ô combien vrais : bien-être, énergie et endurance accrus, sommeil approfondi. Il s’agit de trouver l’Activité qui, pratiquée graduellement, nous permettra d’y voir plus qu’une simple tâche mais plutôt une source de plaisir.

 

10. « Honorer sa santé et ses papilles gustatives par ses aliments préférés »

Ici aussi, on nous dit que le « plaisir » passe souvent, voire uniquement par les aliments « mauvais ». Ce qui est, à mon humble avis et celui de bon nombre de mes collègues, tout faux. Oui, certains aliments sont à manger plus fréquemment que d’autres. Oui, « bien manger » nécessite de mettre une certaine variété au menu. Oui, mieux vaut éviter les extrêmes du type « tout ou rien ». Mais ce que nous disent ces balises, en y faisant preuve d’ouverture, c’est aussi qu’il y a de la place pour tout, pour nos goûts et préférences bien établis, tout comme pour la (re)découverte d’un aliment, d’une recette.

 

Un objectif inatteignable?

Certes, un tel type d’alimentation peut sembler très ardue à adopter, voire impossible, selon d’où on part. Mais si elle est entreprise en étant accompagné d’un nutritionniste aguerri, j’ose avancer sans crainte que quiconque qui l’entreprendra profitera de la foule d’avantages qu’elle a à offrir, tant sur les plans physiologiques que psychologiques, en plus de devenir expert des besoins. Et qui sait, gageons qu’éventuellement, vous ne verrez plus les petites saucisses cocktail, tourtières, bûches et compagnie de la même façon…

 

Joyeuses Fêtes, pleines de saveurs, de plaisir et de douceur!

 

Merci à Karine Gravel pour la relecture du texte et la photo des délicieux macarons.