Blogue

26 mai 2015

Le jus: remettre les pendules à l'heure

par Stéphanie Côté dans

Actualités

Dans la prochaine version du Guide alimentaire canadien, le jus ne fera peut-être* plus partie du groupe des légumes et fruits. Pourquoi? Parce qu’il n’est pas l’équivalent d’un fruit. Voilà une réponse qui suscite d’autres questions…
 

« Sucré à ce point-là? »

Oh que oui! Un petit verre de 125 ml (1/2 tasse) de jus d’orange renferme environ 15 g de sucres, soit l’équivalent de plus de 3 c. à thé de sucre. Et qui boit seulement 125 ml? Un verre de jus deux fois plus grand, c’est deux fois plus de sucre. Imaginez 2-3 verres par jour.

Le plus frappant est de comparer le jus aux boissons gazeuses : il contient autant de sucre.

Le jus de raisin en contient même plus. Outch!

 

« Équivalent aux boissons gazeuses? Nooooon! Dites-moi que c’est quand même un peu mieux! »

D’accord, je vais le dire : c’est un peu mieux.

Le jus est un peu mieux, puisqu’il contient un peu d’éléments nutritifs des fruits. Cela dit, tout le monde n’est pas d’accord avec ça. Yoni Freedhoff et d’autres experts à qui je porte un très grand respect sont catégoriques : jus = boisson sucrée = boisson gazeuse.

 

Oui mais le jus provient des fruits! Pourquoi c’est différent?

Premièrement parce que le jus ne contient pas de fibres alimentaires, alors que les fruits, oui. Le jus ne rassasie pas. C’est un peu comme si le sucre et les calories qu’on prend en le buvant sont toujours en surplus. Il ne coupe pas la faim, il ne remplace pas des aliments, il ne fait que s’ajouter à tout ce qu’on mange, contrairement aux fruits.

Deuxièmement, les fruits entiers offrent tellement plus de vitamines, de minéraux et d’antioxydants, entre autres. Enlever la pelure, la pulpe et la chair des fruits leur enlève beaucoup d’intérêt.

Troisièmement, il est possible d’avaler 2, 3 et même 4 portions de fruits en quelques secondes lorsqu’on boit du jus. C’est humainement impossible de faire ça lorsqu’on croque des fruits. On consomme bien moins de sucres lorsqu’on mange des fruits que lorsqu’on les boit.

 

« Et mon bon jus fait maison? »

Même chose. Qu’il soit pressé ou préparé à l’aide d’un extracteur, on ne récolte que le jus.

 

« Et les smoothies? »

Un smoothie fait de fruits entiers est plus nourrissant qu’un jus. Mais comme il est souvent fait de fruits ET de JUS, il vaut mieux y aller mollo sur les quantités.

 

 « Juste un problème de sucre et de calories, ou il y a autre chose? »

Le jus est dommageable pour les dents. Son sucre et son acidité font le bonheur des bactéries qui causent la carie. Le plus dommageable, c’est lorsqu’on sirote le jus sur une longue période, car il entretien les conditions « pro-caries » dans la bouche. C’est d’ailleurs un autre point sur lequel  les fruits ont un net avantage : croquer des fruits fait saliver. La salive aide à rincer la bouche du sucre et à neutraliser l’acidité.

 

« Quand les fruits entiers coûtent cher? »

Le jus qu’on achète en spécial ou sous forme concentrée-congelée coûte généralement  moins cher que les fruits entiers. Il représente donc une option attirante, surtout pour les familles à faible revenu. À vrai dire, il y a des enfants de milieux défavorisés pour qui le jus est souvent la seule portion de fruit de la journée. L’intention d’offrir des fruits est bonne, mais il est bien de faire quelques vérifications.

D’abord, le jus offert est-il du jus 100% (sans sucre ajouté) ou une boisson (faite d’eau, de sucre, de colorant et de saveurs)? Si on boit du jus, on souhaite au minimum que ce soit du vrai jus.

Puis, y a-t-il des fruits entiers qui sont abordables? Les pommes, les oranges, les bananes, les fruits de saison et les fruits en spécial reviennent parfois à 0,25$ ou 0,50$ la portion.  On est mieux d’investir sur une portion de fruit entier que sur deux portions de jus…

 

« On n’a plus le droit de manger ce qu’on veut? »

Bien sûr que oui, on peut! Parler honnêtement du jus et questionner sa place dans le Guide alimentaire canadien n’en fait pas un aliment interdit. Il n’y a d’ailleurs aucun aliment interdit. Le but du présent exercice est d’informer, sensibiliser et remettre les pendules à l’heure concernant la vraie nature du jus. Il jouit d’une aura « santé » qui est injustifié, voilà tout.

Le Canada ne serait pas le premier pays à exclure le jus de son Guide alimentaire. Ma recherche sur les Guides alimentaires des autres pays n’est pas exhaustive, mais j’ai au moins trouvé l’Australie et le Mexique qui ne le considèrent pas l’équivalent des fruits eux non plus. Pourtant, dans ces pays, les gens boivent encore du jus. Ils ne se font simplement pas accroire que c’est aussi bon que manger des fruits.

 

 

 

 

 

_______________________________________________________

*Peut-être: Santé Canada n’a pas confirmé le changement.