Gestion du poids

Montrez-moi votre vaisselle, je vous dirai combien vous mangez…

Depuis les années 60, la taille de la vaisselle n’a cessé d’augmenter. Si bien que la surface de nos assiettes est maintenant 36 % plus grande! Un phénomène qui n’est pas étranger à l’augmentation de notre poids sur la balance…

 

Les études ont bien démontré que nous sommes portés à manger de 30 à 50 % plus lorsque nous sommes devant une grosse assiette. Et cet effet de la grosseur de la portion ne semble pas influencé par la faim ou même par l’attrait de l’aliment consommé. Par exemple, deux équipes de chercheurs ont offert à des personnes se rendant au cinéma et qui venaient de finir de manger un sac de maïs soufflé rassis de format moyen ou large. Même si le maïs soufflé n’était pas bon au goût, les personnes ayant reçu le sac de maïs de format large ont mangé de 35 à 51 % plus de maïs que ceux ayant reçu le format moyen.

Or depuis quelques décennies, tout ce qui touche à l’alimentation tend à augmenter : la grosseur des portions servies au restaurant, la grosseur des portions présentées dans les livres de recettes, la grosseur des formats d’aliments préemballés… et même la grosseur de notre vaisselle!

Cette vaisselle a une grande influence sur la quantité d’aliments que nous mangeons. Environ 70 % de votre énergie provient d’aliments consommés à partir d’un bol, d’une assiette ou d’un verre, ou avec des ustensiles.


Une grosseur de portion dictée par des normes

 

Il est difficile de bien évaluer la quantité de nourriture présente dans notre assiette. Pour y arriver, on se fie à des repères visuels: j’ai mangé la moitié du contenu de l’assiette, j’ai bu les trois quarts du contenu du verre, je me suis servi deux louches de potage, etc. Nous avons tendance à nous donner des normes personnelles de consommation basées sur une expérience passée.

Par exemple, pour le lunch du lendemain, on se sert une certaine quantité de soupe dans un bol. Nous jugeons cette quantité adéquate et suffisante pour nous rassasier. On sera ainsi tenté de finir notre bol sans nécessairement porter attention aux signaux de satiété (sentiment de ne plus avoir faim).

Pour démontrer cela, des chercheurs ont donné de la soupe à 54 individus. La moitié des bols de soupe étaient modifiés et se remplissaient automatiquement au fur et à mesure que les individus consommaient leur soupe. Ces personnes ont consommé 73 % plus de soupe que ceux qui avaient des bols normaux. De plus, 61 % des personnes ont indiqué qu’elles continuaient à manger jusqu’à ce qu’elles atteignent le fond du bol.

Une autre étude a présenté quatre formats différents de sandwich à de jeunes adultes, une fois par semaine pendant quatre semaines. La majorité a mangé tout le sandwich de 6 pouces. Ceux qui ont mangé le sandwich de 12 pouces ont consommé de 12 à 23 % plus de nourriture que ceux qui ont mangé le sandwich de 8 pouces. Et ils ont tous noté le même niveau de satiété après leur repas.

Les normes personnelles se basent souvent sur ce que nous présente notre environnement : la portion de pâtes servie au restaurant italien, la taille des lattés servis au café du coin, la grosseur du sac de croustilles en épicerie, etc. Ces grosses portions d’aliments viennent fausser notre perception de ce qu’est une portion adéquate d’aliments. En plus, ces grosses portions deviennent la norme à la maison pour évaluer la quantité d’aliments à mettre dans notre assiette…

 

 


À moitié plein ou à moitié vide

La grosseur de notre vaisselle peut aussi causer une illusion d’optique : une petite assiette contenant 250 ml de pâte peut sembler plus remplie et satisfaisante qu’une grande assiette remplie avec la même quantité de pâte.



 

Lorsqu’on demande à une personne : « Combien de liquide contient ce verre? » La réponse sera différente selon le format du verre. En effet, on aurait tendance à déterminer la quantité selon la hauteur du liquide dans le verre. Pour un même volume de liquide, un verre long et étroit nous semblera plus plein qu’un verre court et large. En d’autres termes, comme nous sommes portés à boire davantage lorsqu’il y a plus de liquide dans un verre, les verres courts et larges nous porteraient à surconsommer.

La même conclusion a été observée avec les bols et ustensiles de service. Une équipe de chercheurs a demandé à des individus de se servir de la crème glacée dans un bol de format moyen ou large avec une cuillère de format moyen ou large. Ceux qui avaient le bol de format large se sont servi 31 % plus de crème glacée. Plus encore, les personnes qui avaient une cuillère et un bol de format large se sont servi 53 % plus de crème glacée!

 

 


Quand savoir n’est pas suffisant…

Mais est-ce que savoir que nous sommes portés à manger plus lorsque l’on est devant une grande assiette ou un aliment de gros format peut nous aider à diminuer nos quantités? Non.

Le Dr Wansink de l’Université Cornell aux États-Unis a donné un cours de 90 minutes à des étudiants de niveau universitaire sur l’effet de la grosseur des portions sur la consommation alimentaire. Six semaines plus tard, il les a invités à une fête où étaient présentés 2 grands bols (de 4 litres chacun) de grignotines salées dans une pièce et 4 bols de grignotines (de 2 litres chacun) dans l’autre pièce. Les étudiants qui ont pigé dans le grand bol ont pris 53 % plus de grignotines salées et ont mangé 56 % plus que ceux qui ont pigé dans le petit bol. Lorsqu’on leur a demandé s’ils pensaient que la grosseur des bols avait pu influencer leur consommation, la majorité a répondu… non.

 

 


Vers un nouveau service de vaisselle…


Être conscient de ce qui peut nous pousser à manger plus ne semble donc pas suffisant. Ainsi, il faut mieux s’outiller en matière de vaisselle, et mieux acheter. Voici une façon facile et efficace de revenir à des grosseurs de portions plus adéquates :
 

  • Remplacez les grandes assiettes à la mode par de plus petites assiettes traditionnelles (intérieur de l’assiette d’un diamètre d’environ 8 pouces);
  • Mangez vos mets à base de pâtes dans la même assiette que vos légumes, et non séparément;
  • Servez la crème glacée, les mousses ou autres desserts dans des coupes à martini ou dans des petits ramequins plutôt que dans de grands bols à céréales;
  • Présentez les morceaux de gâteau, de tarte ou de pâtisserie dans les soucoupes des tasses à café plutôt que dans les assiettes à dessert ou à déjeuner;
  • Utilisez des plus petits ustensiles de service;
  • Remplacez vos verres larges et courts par des verres longs et étroits;
  • Permettez aux invités de se servir eux-mêmes la portion qu’ils jugent adéquate pour eux;
  • Proposez des plus petits bols de grignotines pendant les fêtes;
  • À l’épicerie, préférez les petits formats ou prenez le temps de répartir les aliments dans de plus petits contenants, une fois à la maison;
  • À l’extérieur de la maison, préférez les petits formats d’aliments (p. ex., sandwich, biscuits, jus, etc.);
  • Transférez les aliments dans une petite assiette ou un petit bol au lieu de les manger à même le sac ou la boîte.

     

Et bien sûr, nul ne vous oblige à terminer votre assiette! Lorsque vous n’avez plus faim et que vous vous sentez plus énergique, déposez la fourchette.
 

 

Dernière modification :